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SoC Interview #6 – Krazy Baldhead

Interview réalisée le 15 Juin 2012 à l’iBoat de Bordeaux, que je tiens à remercier tout particulièrement pour la confiance que l’équipe nous accorde depuis plus d’un an. Merci bien évidemment à Pierre-Antoine Grison (alias Krazy Baldhead), avec qui nous avons pris un immense plaisir de parler de Ed Banger, de ses racines et d’électro malienne.

POURRAIS-TU TE PRESENTER BRIEVEMENT POUR NOS LECTEURS ?

Je suis Krazy Baldhead, je suis un artiste Ed Banger depuis presque le début (à un an près), je viens de sortir mon deuxième album sur le même label…je suis l’un des rares à avoir sorti deux albums avec Justice et Mr Oizo. Comme les autres artistes du label,  j’ai un style de musique à part : une musique un peu mentale, pas de la musique de club…une musique qui s’écoute.

COMMENT TU POURRAIS DÉCRIRE TA MUSIQUE POUR NOS LECTEURS ?

Ma musique, c’est un truc assez abstrait. Je dirais que l’élément central c’est le groove, même si on y retrouve un côté jazz (même si je n’ai pas l’impression de faire du jazz : j’en écoute beaucoup…faut que ça swing et que sa pulse !). Donc oui c’est sûr je ne suis pas dans le côté pop, pas dans le côté turbine. Mes influences, c’est Warp Records, c’est Ninja Tune, c’est des trucs Prefuse, Amon Tobin…que j’essai de mettre à ma sauce 2012.

COMMENT S’EST PASSÉE TA RENCONTRE AVEC ED BANGER ?

À la base je cherchais un label, donc j’envoyais des démos à tout va, à tous les labels que je kiffais un peu…donc ça allait de Ninja Tune à des structures bien plus petites. Ma sœur bossait au Palais de Tokyo au moment de l’inauguration…et elle était avec Nadège, future Winter donc l’ex-femme de Pedro. Elle lui a dit « Mon mec est en train de monter un label, tu peux tenter ta chance » (c’était en 2002). Je lui ai donc envoyé une maquette qu’il a refusé. Deux ans plus tard j’ai modifié mon truc et je lui ai renvoyé mon travail : j’ai eu un coup de fil dans les 15 jours qui ont suivis « j’aime bien ce que tu fais, on sort un maxi sur Ed Banger, un label que j’ai monté il y a 6 mois ». Ce fut mon premier EP en 2004, avec 3 titres originaux et des remixes de Feadz et Para One. C’était pendant la période où le label n’était pas grand-chose, et c’est marrant de voir ce qu’il est devenu aujourd’hui.

UN PEU COMME MICKEY MOONLIGHT, ON A UNE IMAGE DE TOI DISCRÈTE, MYSTÉRIEUSE…EST-CE UN CHOIX ?

Non, ce n’est pas du tout fait exprès. Si je pouvais être Justice je crois que je serais Justice (rires). Non mais je n’ai pas envie de corrompre ma musique pour devenir une bête de scène. Je fais ce que je fais, je suis content de le faire, et je pense que Pedro est content d’avoir des mecs un peu indépendants dans son label. Ce que j’ai toujours aimé dans les labels, c’était les artistes plutôt « maudits », les artistes dont on entend moins parler.  Je me retrouve bien dans cette catégorie : les chiens ne font pas des chats, et c’est très bien comme ça.

QUAND JE T’ÉCOUTE PARLER APRÈS AVOIR INTERVIEWÉ FEADZ, JE VOUS SENS INTIMEMENT ATTACHÉ AU LABEL, TRÈS SOUDÉS…?

Je pense que Ed Banger c’est un truc un peu particulier : on parle de « famille Ed Banger », et ce n’est pas tellement exagéré. Ca s’est forgé petit à petit, maintenant on a tous « grossis », on vit un peu chacun de notre côté : Justice ils vivent dans la stratosphère, SebastiAn il cartonne…mais il y a toujours cette notion de partage : on se réparti les premières parties des gros concerts (avec Breakbot pour Justice par exemple). On a aussi cette envie de faire des choses ensemble comme des soirées où de temps en temps on se retrouve tous ensemble sur un plateau et on vit de super moments (comme ce soir avec Feadz). Je pense que c’est un label différent dans la mesure où l’on a tous des histoires communes les uns avec les autres, chose qui n’est pas forcément le cas ailleurs.

RECENTRONS-NOUS SUR TOI : TU MIXES AVEC QUOI SUR SCÈNE ?

J’ai un ordinateur avec Ableton qui tourne avec pas mal de samples et de petits bouts de morceaux perso que j’essai d’assembler au feeling, un pad, un clavier qui me permets de faire des petits morceaux improvisés…et un contrôleur pour mixer le tout.

LA MUSIQUE ÉLECTRONIQUE ET SES GENRES ÉVOLUENT À UNE VITESSE FOLLE, TU SUIS LE MOUVEMENT OU TU RESTES EN RETRAIT ?

J’écoute pleins de trucs, tout ce qui sort…enfin je ne suis pas dj donc je ne suis pas à la pointe de l’actualité musicale, mais j’engrange une grande quantité de sons aux styles variés, et j’essai d’incorporer tout ce qui me plait dans ma musique. Par exemple quand j’entends un son dubstep qui me plait et qui est construit d’une manière à ouvrir de nouvelles perspectives musicales, j’essai de l’intégrer dans mon son, mais en restant moi-même. C’est un équilibre un peu précaire, instable…mais il faut que je garde le cap. Mon problème, c’est peut être que j’ai trop d’influences et que j’essai de toutes les mettre ensemble et du coup ça perd peut être un peu les auditeurs…mais finalement c’est aussi une richesse.

Donc voilà j’espère que je suis différent des autres, parce que j’écoute une musique différente : il ne faut pas que les gens restent bloqués sur un style de musique, se serait dommage, il y a tellement de choses à écouter…

LE LIVE QUE TU NOUS PRÉSENTE AUJOURD’HUI A-T’IL BEAUCOUP EVOLUÉ PAR RAPPORT A CELUI DU PREMIER ALBUM ?

Il y a des éléments de B-Suite dans le live et beaucoup d’autres du nouvel album : j’ai essayé de donner un sens commun à ces opus, tout en le modulant en fonction du public et de ses réactions.

JUSTE AVANT L’ANNONCE DES DATES DE TON LIVE, IL Y A EU UN BUZZ SUR LA TOILE AUTOUR DU PERSONNAGE EMPTY BOY…

C’est marrant ce truc, parce que plein de gens ont cru que c’était un nouvel artiste…je pense que si ils avaient écouté mon album ils auraient un peu percuté qu’il y avait un morceau qui s’appelait « Empty Boy », d’autant plus que c’était la musique du teaser de prétendu nouvel artiste, ça aurait du leur mettre la puce à l’oreille (rires). Donc il a pas mal de gens qui ont cru à ce truc là, ça m’a fait marrer…

Non en fait l’histoire de cette opération avec Empty Boy, c’est qu’on a fait un partenariat avec Microsoft qui avait un super beau site pour moi, et qui a aidé à faire le clip…on voulait un peu faire monter la sauce là-dessus, et apparemment ça a marché !

EN CE QUI CONCERNE TA TOURNÉE…

Là j’ai fais quelques festivals cet été et d’autres à la rentrée…mon objectif premier est de promouvoir mon second album The Noise in The Sky, avec quelques remixes et nouvelles productions qui vont sortir…mais je bosse aussi sur mon autre projet Donso, qui est un mélange de musique Malienne et d’électro…

MAIS QU’EST-CE QUE LA MUSIQUE MALIENNE ?!

C’est l’Afrique, et c’est beau (rires) ! Non la musique malienne c’est une super source d’inspiration…la transe malienne c’est là que tout est né, quand tu écoutes ça, tu te dis « ok, ça c’est les sources de la techno ».

UN PETIT CONDENSÉ DE L’AVENIR DE KRAZY BALDHEAD POUR NOS LECTEURS  ?

Donc là encore une fois j’ai pas mal de lives, quelques remixes, je viens de finir le deuxième album de mon autre projet malien. Ca sortira fin 2012/début 2013 sur Comet Records (qui fait pas mal d’Afrobeat). Je bosse aussi sur un autre projet assez marrant, qui mélange musique classique et electro (se sont un peu mes influences du conservatoire qui ressortent)…je ne sais pas encore comment je vais appeler ça. L’idée est de prendre des samples de musique classique et de triturer tout ça.

UN DERNIER MOT POUR LA FIN  ?

Je n’aime pas trop le mot de la fin, je préfère que ça continue indéfiniment.

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